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  • Grégoire Quartier

La colombe de la paix (sociale).

Dernière mise à jour : 17 nov. 2020




Hier soir j’écoutais Olivier Rey (je suis en mode compulsif le concernant) expliquer qu’au début de La Critique de la Raison Pure, il y avait un passage ou Kant parle d’une colombe qui vole de plus en plus vite, et qui, ressentant la résistance de l’air sur ses ailes, se disait que sans air, elle pourrait aller encore plus vite.



Cette petite histoire me fait penser aux temps qu’on vit en ce moment.


On vit dans un monde qui se délite, mais personne ne peut le dire, parce que ça suppose des heures de compréhension sur l’énergie, les ressources, et la façon dont notre société produit la richesse qui garantit la « paix sociale » (entendre, qu’une partie des gens soient occupés à faire des trucs pour ne pas déranger l’autre partie qui essaie de gravir l’échelle sociale, ou de simplement tenir son rang).


On vit dans un monde qui se délite, mais personne ne peut l’entendre, parce que ca suppose de faire un deuil civilisationnel (ou du moins de sa forme actuelle) en quelques semaines, et sous la pression des crises sanitaires et sociales, alors que pour les gens qui ont été motivés à le faire, quand le climat social n’était pas si lourd, ça a pris plusieurs années (ça a été mon cas).



La paix sociale… On dirait que ca fonctionne comme les vaccins, dans le sens ou il faut que le plus de gens y croient pour que la pression sociale fasse effet de bouclier sur toute la société. A partir d’un certain seuil, on peut imaginer que le peu de gens qui n’y adhèrent pas sont simplement marginalisés, et ceux qui se posent des questions sont remis dans le rang avec des phrases du type « c’est le moins pire des systèmes », « il faut bien payer ses facture », « si on pouvait faire mieux, on le ferait » etc., toujours quelque part entre fatalisme et anesthésie de l’esprit critique. La paix sociale, c’est sûrement un de ces mythes de l’occident qui a besoin de s’organiser pour ne pas pâtir de ses manques de ressources. Ici on n’a rien, ou si peu. On n’a que des idées, et on les utilise pour créer notre civilisation, qui elle requiert moult ressources qu’il faut chercher ailleurs. Et pour les avoir à bas prix, un savant mélange de brutalité et de créativité fait le travail. Pour ça on a toujours été très bons. C’était même vital, sans quoi on devrait vivre du travail des champs, et du peu qu’on a à disposition. La honte quoi…ou pas.


Ce que je ressens actuellement, c’est que la crise du Covid nous atteint à plusieurs niveaux.


1) Il nous empêche de jouir de notre « liberté », au sens libertarien, qui signifie faire ce qu’on veut sans avoir à se justifier de rien.


2) Il nous révèle toutes les fragilités du système.


a. TINA (There Is No Alternative, issu de Mme Thatcher) a détruit toute possibilité d’imaginer (ou de croire) un autre système. (Je généralise, parce qu’évidemment il y a des alternatives, mais elles sont ignorées et/ou combattue par les tenants du TINA, qu’on peut prendre au sens déclaratif « il n’y a pas d’alternative », ou au sens impératif « on ne laissera jamais s’installer d’alternative »).


b. L’économie ne profite qu’à très peu de gens (oui on peut se payer des trucs, mais au prix du sens de la vie), pendant que tout le monde y travaille pourtant. Et d’autant plus quand on entre en décroissance (ou qu’on s’y préparait).


c. On découvre que notre système fonctionne comme une voiture autonome qui aurait décidé d’accélérer jusqu’à … on verra. Il ne semble plus y avoir d’option autre que « continuer tout droit jusqu’à ce que quelque chose nous arrête » (C’est un peu le concept du libertarien : Ma liberté s’arrêtera là où l’on m’arrêtera).


3) Les politiques ne savent pas quoi faire quand un virus intenable se propage en notre sein, et ils ne savent pas quoi faire quand l’économie mondiale est empêchée de fonctionner. Et ils ne lisent pas les rapports du GIEC, et ils ne lisent pas les rapports de sécurité sanitaire. Quand bien même certains le font, ils n’ont pas une influence déterminante. (Mais alors à quoi servent-ils ? Indice : ils ne servent pas à rien.)


Et pourtant le Covid (tant qu’on ne m’aura pas prouvé qu’il vient d’un labo – ca reste tout de même une option) est pour l’instant issu d’une zoonose, c’est à dire qu’il est passé de l’animal à l’homme. Comment est-ce possible ? C’est à cause de la pression qu’exerce l’homme sur son environnement. Plus on le pressure, plus on se met en contact rapproché avec de nouvelles formes de vie qui, elles, ont leurs propres virus qui ne touchent pas les hommes. A notre contact et suite à des mutations, nous sommes contaminés, et comme on vit dans une société mondialisée, le virus peut se répandre partout en très peu de temps. On ne peut plus fermer les frontières, puisqu’on a besoin qu’elles soient ouvertes, car on a délocalisé et relocalisé tout ce qui fait notre système. La nourriture se fait là, les minerais arrivent d’ici, le gaz de là-bas, on emballe seulement ici, et on renvoie seulement là, on fait du tourisme ici et pas là, etc. Ca fonctionne comme cela pour tous les pans de notre système de consommation (et consumation du coup, puisque aucune de ces activités ne pourrait exister sans l’énergie fossile à profusion (80% de l’énergie qu’on utilise)).


Donc on se bat sur plusieurs fronts (on peut sûrement en rajouter) :


1) Le Covid (oui je dis LE, dites LA si vous préférez)

2) Le réchauffement climatique

3) La perte de biodiversité

4) La fin des énergies fossiles à bas prix

5) La fin des ressources minérales à bas prix


Le Covid nous a montré que quand on consomme seulement l’essentiel, l’économie s’écroule. Et quand on consomme trop de superficiel, on provoque des Covids et du réchauffement climatique… C’est ballot. Il va falloir trouver autre chose que la croissance pour pallier aux problèmes que la croissance crée.


Quelle solution donc ? Accélérer les flux et contrôler totalement le système ? (ou en tout cas croire qu’on puisse le contrôler). C’est ce qu’on a souvent fait. Les libéraux disent toujours : « L’Europe ne fonctionne pas, parce qu’il faut plus d’Europe », ou « Le libéralisme ne fonctionne pas, parce qu’on n’est pas allé assez loin dans le libéralisme », etc. Donc quand l’économie tousse, il faut en faire plus, et plus vite.


Ellul disait que la vitesse, quand elle est trop grande, ne nous permet que de réagir. On n’agit plus, passé une certaine vitesse. On ne peut plus que tenter de minimiser les effets. Ainsi, on nous propose d’accélérer. Par exemple avec la 5G. Ici, pas de grande théorie sur les effets sur la santé, et pas de principe de précaution comme on le met en avant pour le Covid. Meme la 6G est déjà en route, l’air de nous dire que de toute façon « on n’arrête pas le progrès ». Vous remarquerez que comme pour TINA, cette phrase peut se prendre au déclaratif, ou à l’impératif. On peut imaginer aussi la fin de l'argent scriptural, ou un contrôle social augmenté. (Ah la Chine, qu'on aime tant critiquer à cause de ses violations des droits de l'homme, et qu'on envie tant de ne pas les avoir inventés). Ces idées existent et elles sont vendues par les mêmes qui cherchent à coloniser des planètes mortes pour éviter qu'on ne tue la seule qu'on a. Dans l'irrationnel irresponsable, on peut tout imaginer. Tant qu'on ne fait pas partie de ceux qui pâtiront des nouveaux modes de vie envisagés.



Le problème, c’est que la vitesse actuelle de notre société n’est plus compatible avec la démocratie. Tout va si vite qu’il ne faut pas prendre le temps de se demander pourquoi on va dans la direction dans laquelle on va. Si on prend le temps, on décroche dans la compétitivité, nous dit-on. Et ceux qui légifèrent pour suivre le rythme effréné du « progrès », ils n’en savent pas plus que nous. Au mieux ils savent mieux que nous ce que signifie « décrocher en terme de compétitivité ». Ils n’ont pas été élus pour décrocher, mais pour s’accrocher au train du globalisme. En majorité en tout cas.

Voilà pourquoi aujourd’hui il n’y a plus la place pour parler des choses. Il faut choisir son camp. Complotiste ? Anticomplotiste ? Moutruche ? Covidiot ? Attardé ?


Les gens décrochent et cherchent d’autres explications à leurs malheurs. Puisque personne ne veut/peut prendre le temps pour des explications, ou alors parce que ceux qui décident n’en n’ont pas – mais ils croient qu’ils ne peuvent pas le dire sous peine d'être pris pour des incapables – alors on s’insulte et on contemple le mur qui nous arrive en pleine face, en espérant qu’une illusion d’optique nous le place plus loin qu’on ne le voit, ce qui nous laisserait le temps de « trouver quelquechose », comme on l’a paraît-il toujours fait. Oui mais là, aller plus vite que ce qu’on est capable de comprendre, ça va être chaud. On nous répondra que les IA peuvent calculer plus vite que nous. Donc on serait guidés par des robots, et on pourrait démocratiquement choisir ce qu’on pense de la direction qu’on n’a pas choisi de prendre parce que plus personne n’est capable de comprendre ce qu’il se passe ? C’est ça la démocratie du futur ?


Comme la colombe de Kant, on découvre que la paix sociale repose sur les gens qui y croient et la partagent (démocratie), et quand on voudrait éliminer les gens pour aller plus vite, on ne peut que tomber.




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